Ô Guerre !
Fléau des peuples,
bouche d’abîme,
bête antique abreuvée de sang humain !
Depuis des millénaires
tu marches sur la terre des hommes
et derrière chacun de tes pas
poussent des forêts de croix.
Tu dis : gloire.
Mais je vois : charniers.
Tu dis : patrie.
Mais j’entends : pleurs.
Tu dis : victoire.
Mais je vois la terre éventrée
où les fils des mères dorment
dans la nuit sans retour.
Ô guerre !
Tu es la grande honte de l’humanité.
Le crime devenu habitude.
Le meurtre devenu drapeau.
Les rois t’ont adorée.
Les empires t’ont servie.
Les foules t’ont suivie
comme on suit un incendie
qui dévore sa propre maison.
Car tu es un incendie.
Tu prends un village
tu rends des ruines.
Tu prends une génération
tu rends un silence.
Tu prends la jeunesse du monde
et tu la jettes
dans les fosses anonymes
où l’histoire oublie les visages.
Dis-moi, Guerre !
Quelle couronne vaut
le regard d’un enfant mort ?
Quelle frontière vaut
le sang répandu dans la neige ?
Quelle gloire vaut
le dernier souffle d’un soldat
qui murmure le nom de sa mère ?
Aucune.
Rien.
Rien dans l’univers entier
ne peut justifier
qu’un homme tue un autre homme.
Et pourtant
les canons tonnent encore,
les bombes tombent encore,
et la terre tremble
sous la folie des nations.
Mais écoute bien, Guerre
un jour viendra.
Un jour terrible pour toi.
Les peuples ouvriront les yeux.
Les mères refuseront de donner leurs fils.
Les hommes refuseront de porter tes fusils.
Les armées tomberont
comme tombent les statues des tyrans.
Les canons rouilleront
dans les herbes hautes.
Les drapeaux ne serviront plus
à couvrir les cercueils.
Et alors, Guerre
tu mourras.
Tu mourras
non pas par une bataille
mais par la volonté des hommes
qui auront enfin compris
que la terre n’est pas un champ de massacre
mais une maison commune.
Et ce jour-là
le vent passera sur les anciens champs de bataille
et il n’y entendra plus
ni cris
ni bombes
ni tambours
seulement le rire des enfants.
Et ce rire
sera plus puissant
que toutes les armées du monde.
Manu